Comment deux professionnels chevronnés, actifs au sein de Visma Group, perçoivent-ils la montée en puissance de la technologie et son impact sur le secteur des fiduciaires ?
L’introduction de la facturation électronique obligatoire et l’usage croissant des outils d’IA atteignent leurs objectifs. La technologie est disponible, mais le défi majeur se situe ailleurs : l’adaptation des processus, des modèles d’affaires et des compétences. C’est le constat partagé par Alicia Halaas et Joris Dresselaers, tous deux Business Area Director chez Visma. Focus sur notre entretien exclusif.
Pour de nombreux experts-comptables de notre pays, l’échéance du 1er janvier 2026 a été vécue comme un impératif absolu. Depuis l’entrée en vigueur de l’obligation de facturation électronique B2B via Peppol, la conformité figure en tête des priorités. Cependant, selon Alicia Halaas et Joris Dresselaers, il ne s’agit que du point de départ d’une transformation beaucoup plus vaste.
Alicia supervise plusieurs éditeurs de logiciels comptables en Europe depuis le siège norvégien de Visma. Ses missions portent sur le leadership, la montée en échelle et le partage des bonnes pratiques entre marchés.
Joris est issu du monde du développement logiciel et des technologies appliquées à la comptabilité. Ancien directeur d’AdminPulse, il dirige depuis septembre 2025 la suite belge AO SMB de Visma. Soit les solutions telles que Silverfin, Yuki et Teamleader.
Tous deux partagent la conviction que la facturation électronique obligatoire et l’IA redéfinissent les fondements de la profession. L’efacturation constitue la base essentielle, explique Alicia. La véritable valeur ajoutée apparaît lorsque les cabinets exploitent ces données disponibles pour guider leurs clients de manière proactive. Notamment grâce aux prévisions de trésorerie ou au forecasting. Le rôle du professionnel bascule alors de l’exécution vers le conseil.
La Belgique à la croisée du Nord et du Sud pour l’infrastructure et le conseil
Dans le cadre de ses fonctions chez Visma, Alicia suit de près l’évolution des différents marchés européens. Elle constate des disparités marquées en termes de maturité et de rythme d’adoption.
Dans les pays nordiques, l’accent est fortement mis sur l’optimisation et l’automatisation.. Les coûts salariaux y sont élevés et les entreprises ont intégré depuis longtemps les solutions SaaS et les données structurées. En Europe du Sud, la relation personnelle prédomine encore, avec une présence plus marquée de logiciels traditionnels et de cabinets de plus petite taille. Ce qui rend le besoin d’automatisation moins immédiat. En Espagne, Visma propose notamment Holded, une plateforme de gestion cloud qui centralise la comptabilité, la facturation, le CRM, la gestion des stocks, la gestion de projets et le reporting pour les PME.
Selon Alicia, la Belgique occupe une position charnière entre ces deux approches.
“La confiance et les contacts personnels y sont essentiels, mais nous constatons parallèlement une volonté réelle d’accroître l’efficacité des processus. Les experts-comptables belges se montrent ouverts à l’innovation, pour autant qu’elle respecte la réglementation locale et leurs méthodes de travail.”
Les marchés qui ont adopté la facturation électronique plus tôt, comme l’Italie en 2019 ou la France avec son déploiement progressif, font face aujourd’hui à un autre défi : comment convertir une infrastructure de conformité en une véritable capacité de conseil ? La Belgique entame actuellement cette phase, mais elle bénéficie d’un modèle déjà éprouvé. Au Danemark, par exemple, certains cabinets recrutent activement des analystes data aux côtés des profils comptables classiques. Une démarche tout à fait pertinente pour le marché belge.
Peppol met en lumière les failles des processus
Bien que l’infrastructure technique liée à la facturation électronique soit opérationnelle, la transition opérationnelle n’est pas une évidence sur le terrain.
“Ces derniers mois, de nombreux cabinets se sont concentrés sur les enregistrements et la conformité réglementaire”, indique Joris. “Pourtant, le véritable enjeu réside dans la gestion du changement et l’optimisation des processus internes.”
Il s’appuie sur des indicateurs sectoriels pour illustrer le potentiel encore inexploité.
“Plus d’un quart des cabinets flamands traitent actuellement moins de 25 % des documents entrants de manière automatisée dans un délai de 24 heures.
Parallèlement, 56 % d’entre eux déclarent appliquer un gel des nouveaux clients. Ces signaux démontrent que les processus actuels manquent de scalabilité.”
Selon lui, le réseau Peppol représente l’opportunité idéale pour corriger cette situation. Lorsque les flux de factures parviennent au cabinet sous une forme entièrement numérique et structurée, cela libère du temps pour orienter les collaborateurs vers des missions à plus forte valeur ajoutée.
L’adoption progressive de l’IA dans les pratiques
L’IA s’immisce à un rythme soutenu au sein des cabinets. Les données de référence de Visma indiquent que l’usage quotidien de l’IA dans les cabinets belges est passé de 17 % en 2024 à 58 % en 2025.
Cette évolution n’est pas une surprise, note Alicia. Nous observons la même courbe d’adoption que lors du passage aux logiciels cloud. Après une phase initiale de réserve, la confiance s’installe dès que les utilisateurs constatent la fiabilité de la technologie.
L’avenir n’appartient pas aux outils IA génériques, mais aux solutions intégrées directement dans les environnements logiciels professionnels. Les experts-comptables ont besoin de contexte, de contrôle et de transparence. Pour la production de données de conformité et les déclarations fiscales, il est indispensable de s’appuyer sur un partenaire qui maîtrise la réglementation locale et assume ses responsabilités contractuelles. C’est précisément le positionnement de Visma, là où les outils d’IA grand public atteignent structurellement leurs limites.
Joris rappelle que l’IA ne menace pas l’existence même de la profession. Les experts-comptables ne seront pas remplacés par l’IA, mais ils pourraient l’être par des confrères qui l’utilisent de façon plus pertinente. La technologie prend en charge les tâches répétitives afin de permettre aux professionnels de se consacrer pleinement à l’analyse et à la relation client.
La nécessaire évolution du modèle de facturation
Ce déplacement de l’activité vers le conseil a des répercussions directes sur les modalités de facturation des cabinets.
Le modèle traditionnel du paiement à l’heure est de plus en plus contesté, affirme Alicia. Si l’automatisation permet d’exécuter certaines tâches en quelques minutes, il devient difficile de maintenir son chiffre d’affaires sur la seule base du temps passé.
Elle préconise l’adoption de formules d’abonnement ou de modèles de forfaits récurrents. Les clients ne paient plus pour la simple saisie ou le traitement de documents. Mais pour un accompagnement continu, des analyses stratégiques et un suivi régulier.
Joris ajoute que cette transformation requiert également un investissement majeur dans le capital humain. Les cabinets doivent poursuivre leurs recrutements, former leurs équipes et attirer des profils sensibles à la gestion des données et aux technologies.s. Il ne s’agit pas uniquement d’installer un logiciel, mais de repenser l’organisation dans sa globalité.
L’attentisme n’est plus une option
Les deux dirigeants partagent la certitude que le secteur se trouve à un tournant décisif. Les outils sont en place, les données gagnent en qualité et les dirigeants d’entreprise expriment des attentes accrues en matière de conseil.
Il faut commencer par des projets ciblés. Expérimenter. Puis monter en puissance, conseille Alicia. N’attendez pas que les conditions soient parfaites.
Joris abonde dans ce sens. Les cabinets qui alignent dès aujourd’hui leurs ressources humaines, leurs processus, leurs outils technologiques et leurs structures de prix connaîtront une croissance plus rapide. Ils offriront un meilleur service. Ils attireront plus facilement les nouveaux talents. Ceux qui maintiennent des méthodes de travail obsolètes s’exposent à un risque réel de déclassement.
Vous souhaitez approfondir la transformation de votre modèle de facturation et optimiser vos processus internes pour libérer du temps de conseil ? Les retours d’expérience complets et les méthodologies d’accompagnement évoqués lors de cet échange sont accessibles sur la plateforme officielle de Visma.

