Dans un secteur comptable en constante évolution, le progrès n’est pas seulement une question de réglementation ou de technologie. Les ressources humaines sont au cœur des préoccupations. Le développement personnel est essentiel, tant pour le travailleur que pour l’employeur. Dans cet article, nous regroupons les points de vue de Christophe Morre (KOERS), Johan De Coster (ITAA]) et Raf Smits (Wolters Kluwer) à propos de la manière dont les comptables, les équipes et les organisations peuvent grandir durablement.
Comment les entreprises peuvent-elles stimuler le développement personnel ?
Les dirigeants d’entreprise jouent un rôle essentiel pour encourager le développement personnel. Christophe aime utiliser à cette fin l’analogie du jardin : « Un dirigeant doit être un bon jardinier. Il doit savoir comment le jardin est structuré, quel sol est à sa disposition et comment chaque plante peut s’épanouir individuellement ». Pour ce faire, il est essentiel d’avoir un objectif clair. « Les personnes se sentent ainsi véritablement impliquées dans la vision de l’entreprise. Elles se sentent entendues, valorisées et restent plus longtemps dans l’organisation. »
Raf souligne également la responsabilité des collaborateurs eux-mêmes. « Chez Wolters Kluwer, nous leur laissons toute la place pour prendre pleinement leur croissance en main. Nous partons toujours des besoins personnels et désirs d’évolution pour opérer des choix stratégiques. » Chez Van Havermaet, c’est aussi ce qu’on fait, acquiesce Johan. « Nous voulons vraiment prendre soin de notre personnel. La croissance n’a pas la même signification pour tout le monde. C’est pourquoi nous travaillons avec des plans de croissance individuels. »
Qui doit piloter le développement personnel : le travailleur ou l’employeur ?
À la question de savoir qui doit être aux commandes du développement personnel, les trois experts sont unanimes. « Les deux parties sont ici essentielles », affirme Christophe. « Les collaborateurs doivent prendre leur croissance en main, portés par une motivation intrinsèque, mais en même temps, il est capital que l’organisation leur tende régulièrement un miroir. Cela crée une belle interaction, une véritable situation gagnant-gagnant. » Raf met également l’accent sur une condition essentielle de la croissance : la relation avec le supérieur hiérarchique direct.
« Cette relation est vraiment déterminante pour permettre le développement personnel. Il faut une communication ouverte, un cadre sûr et une relation de confiance solide – et c’est précisément là que beaucoup d’organisations rencontrent un obstacle. » La stratégie de l’organisation doit également être claire : « Comment la vision de l’organisation se traduit-elle dans les départements ? Dans les équipes ? Et comment le travailleur peut-il y jouer son rôle ? Ce n’est qu’en clarifiant ces éléments que chacun peut se sentir dans le bon environnement et au bon endroit.
La technologie présente à la fois des opportunités et des défis pour le développement personnel
La technologie – et en particulier l’IA – accélère la transformation du secteur de la comptabilité. Une étude de Wolters Kluwer révèle que 72 % des fiduciaires utilisent l’IA au moins une fois par semaine. En outre, 77 % des fiduciaires interrogées envisagent d’investir (davantage) dans la technologie dans les trois prochaines années. Johan constate également que l’IA bouleverse le secteur, mais nous invite aussi à rester réalistes : « Tout n’est pas encore fiable pour le moment. L’IA n’en est encore qu’à ses débuts, mais il est certain qu’elle évoluera rapidement ».
Raf nuance l’inquiétude et l’incertitude à propos de l’intelligence artificielle : « On projette parfois des scénarios catastrophes, mais ce n’est pas une fatalité. L’humain restera important, à condition d’apprendre à collaborer avec l’intelligence artificielle. On a beau retourner le problème dans tous les sens, notre secteur ne peut se permettre d’ignorer cette réalité ». Christophe le reconnaît, tout en voyant aussi un point de basculement : « D’une part, nous sommes de plus en plus guidés par l’IA ; d’autre part, nous avons plus que jamais besoin de connexions authentiques. C’est là aussi que le comptable apporte une énorme valeur ajoutée ».
Comment les organisations peuvent-elles mesurer et renforcer le développement personnel et le bien-être ?
Le bien-être reste un pilier essentiel de la croissance durable. Selon Raf, tout commence par la sécurité : « Le lien entre le travailleur et le supérieur hiérarchique est crucial. Lorsque les travailleurs ont confiance en leur employeur, ils osent aussi exprimer les choses de manière proactive ». En outre, des mesures plus objectives sont également importantes. « Chez Wolters Kluwer, nous réalisons régulièrement des enquêtes qui nous permettent de passer réellement à l’action. Les collaborateurs sentent ainsi que leur avis compte, et surtout que, dans la mesure du possible, on s’y conforme. »
Christophe est tout à fait d’accord et souligne que le bien-être va dans les deux sens : « Le collaborateur doit pouvoir – et oser – s’exprimer, mais l’employeur joue aussi un rôle clé pour donner la parole au collaborateur. Se rencontrer à mi-chemin : les deux parties ont intérêt à dialoguer ». Johan donne quelques exemples de la manière dont Van Havermaet mise sur le bien-être : « Nous organisons de nombreux moments informels tels que des séances de vélo, de marche, de jogging et d’autres activités. Chacun apprend ainsi à mieux se connaître et nous espérons lever les barrières pour aborder certaines questions et créer un climat d’ouverture ».
L’importance de la satisfaction en tant que moteur du développement personnel
Selon Johan, les comptables ont un rôle social important à jouer, ce qui procure une grande satisfaction. « En tant que comptables, nous sommes véritablement au cœur du système nerveux économique. Avec 1,3 million d’entreprises belges requérant un accompagnement, notre impact social est indéniable. Nous nous positionnons comme des conseillers de première ligne, et suivons de ce fait de très près ce qui se passe au niveau socioéconomique. »
Raf souligne également l’importance du sens et de la satisfaction au sein d’une organisation et fait le lien avec Wolters Kluwer : « Nous voulons que les collaborateurs aient un travail porteur de sens. Qui leur apporte pleine satisfaction. C’est pourquoi nous réagissons rapidement. Outre les nombreuses enquêtes que nous organisons pour prendre le pouls des différentes équipes, nous investissons beaucoup dans le développement personnel de nos collaborateurs ». Quelques efforts :
- Chaque collaborateur de Wolters Kluwer a accès à la LinkedIn Academy, un environnement numérique rempli de formations concrètes et de cours pratiques.
- Outre la LinkedIn Academy, chaque travailleur a également accès à la plateforme RH. Ils peuvent ainsi suivre des formations supplémentaires en ligne.
- Sous la bannière « time to grow », chaque collaborateur bénéficie d’un après-midi complet libre par mois pour suivre une formation de son choix.
- L’accent est également mis sur la connexion, le contact humain et les outils pratiques. Des formations classiques internes sont donc régulièrement organisées.
Développement personnel : essentiel pour l’individu et l’organisation
Le développement personnel n’est pas un trajet individuel. Il s’agit d’un écosystème étroit où les personnes, l’organisation et la technologie se rencontrent et se renforcent mutuellement. Ou, comme Raf le résume parfaitement : « La croissance commence souvent par soi-même, mais elle n’a réellement d’impact que si l’employeur, la stratégie et la technologie évoluent aussi. C’est dans cette interaction que réside le véritable pouvoir du développement durable – un pouvoir qui a du sens pour toutes les parties concernées et qui crée une situation gagnant-gagnant à tous les niveaux ».

