Des acteurs mieux capitalisés, mieux outillés et plus agressifs sur les prix redessinent les règles du jeu dans les marchés voisins. Les cabinets indépendants qui n’auront pas choisi leur positionnement pourraient subir cette vague plutôt que d’en tirer profit. Voici ce qui se passe et ce que vous pouvez faire concrètement.
Le Signal
Aux États-Unis et en Europe occidentale, des fonds d’investissement ont massivement financé des cabinets pour racheter des structures régionales, industrialiser leurs processus et comprimer leurs coûts. L’objectif n’est pas de faire de la meilleure comptabilité. Mais de faire de la comptabilité à grande échelle, avec moins de personnel par dossier, plus de technologie et des honoraires compétitifs.
Les chiffres qui parlent
Le nombre de fusions de cabinets aux USA a progressé de plus de 30% entre 2022 et 2024. En Europe, les réseaux mid-tier ont multiplié les rachats de cabinets régionaux indépendants, construisant des offres de services intégrées (comptabilité, fiscalité, conseil, audit) qui écrasent les structures de taille moyenne sur le prix comme sur le périmètre. La mécanique est simple : qui contrôle la technologie et le capital, contrôle le marché.
Est-ce possible chez nous ?
La Belgique n’est pas immunisée. Le secteur compte environ 3 728 cabinets actifs, dont 73% emploient moins de 5 personnes. La pénurie de talents frappe 88% des structures. Et près d’un cabinet sur deux a déjà entamé une réflexion sur son modèle organisationnel, selon les données sectorielles 2025.
Pas de barrière légale majeure
Sur le plan réglementaire, rien n’interdit la consolidation. Les fusions, cessions et reprises de cabinet sont légalement encadrées, mais autorisées. À condition que la majorité de l’organe d’administration reste composée de membres inscrits au registre professionnel. Ce garde-fou ne protège pas les cabinets d’une concurrence tarifaire frontale ni d’un rachat progressif par des plateformes hybrides mieux financées.
La vague est déjà là
Ce n’est pas une tendance lointaine. ComptaPerspectives a documenté plusieurs opérations de consolidation sur le marché local.
En juillet 2024, le Groupe PIA (déjà présent dans 48 bureaux en Belgique) rachetait le Bureau Fiduciaire Lerminiaux à Bruxelles, première tête de pont explicite en Belgique francophone. En décembre 2024, Amarris Belgique annonçait l’acquisition de la fiduciaire ABH Compta à Enghien, sa sixième opération depuis 2020. En juin 2025, G&H Consulting rejoignait Moore Belgium, réseau international mid-tier.
La consolidation ne s’arrête pas aux cabinets eux-mêmes. En juillet 2024, Wolters Kluwer rachetait CodaBox et ClearFacts pour 325 millions d’euros. Autrement dit : même les logiciels dont vous dépendez au quotidien sont désormais dans le viseur des grands groupes.
3 actions à envisager
Fixez votre positionnement par écrit dans les 90 jours.
Identifiez si votre cabinet est un cabinet de volume (dossiers standardisés, rentabilité par automatisation), de niche sectorielle (horeca, libéraux, startups, immobilier) ou de conseil (pilotage financier, fiscalité complexe, acquisition). Ce choix doit orienter vos recrutements, votre stack technologique et votre grille tarifaire. Un cabinet sans positionnement clair est le premier contournable.
Calculez votre revenu réel par heure produite par dossier.
Identifiez les 20% de dossiers qui absorbent 60% du temps pour moins de 20% du chiffre d’affaires. Renégociez ces lettres de mission : intégrez une clause d’indexation annuelle et un périmètre précis incluant les nouvelles obligations légales. Un cabinet qui ne revoit pas ses honoraires en 2026 subit de facto une baisse de marge réelle.
Positionnez-vous comme acquéreur potentiel avant d’être approché comme cible.
Dans un marché à 73% de micro-cabinets, les prochaines années verront des cessions et fusions s’accélérer. Activer son réseau professionnel pour identifier les cabinets en recherche de repreneur dans votre zone géographique donne un avantage décisif sur le prix, les portefeuilles clients et l’intégration des talents.

